
Le 2 mai 1947, à minuit + 1 minute, le DC-4 HB-ILA prenait son envol de Genève-Cointrin pour la première traversée de l’Atlantique Nord par un avion suisse.

Le 2 mai 1947, à minuit + 1 minute, le DC-4 HB-ILA prenait son envol de Genève-Cointrin pour la première traversée de l’Atlantique Nord par un avion suisse.
Le 24 avril 1956 furent signés les accords franco-suisses pour l’agrandissement de l’aéroport de Genève-Cointrin. Ils allaient permettre à la France un accès direct à l’aéroport mais entraîner plusieurs rectifications de frontières et la quasi-disparition du quartier. Pendant près de cinq ans, les travaux de l’aéroport bouleversèrent la vie quotidienne.
Le franchissement de la frontière fut fortement perturbé, même si la route ancienne subsista jusqu’à la mise en service du tunnel. La douane et le café de la Limite furent transférés dans des bâtiments provisoires avant que toute cette zone ne prenne son aspect définitif, en 1961 pour la piste et la douane puis en 1964 avec la création de l’autoroute. Aujourd’hui, rien ne subsiste de la Limite, hormis le chemin de Colovrex.
Après guerre, le Capucin Gourmand fut fréquenté par les plus grands : le président Roosevelt et son épouse, Pierre Mendès-France, etc. Pierre Grenier, enfant de Ferney, se souvient : «Nous étions gamins lorsque, avant-guerre, le président Roosevelt est venu manger au Capucin. Hissé sur la pointe des pieds, on lorgnait par la fenêtre pour tenter de l’apercevoir. »
Hélas, le bruit du trafic aérien alla croissant et les habitués boudèrent l’hôtel. Manque à gagner insupportable dont le propriétaire, Jean Viens, réussit finalement à se faire indemniser après avoir menacé d’envoyer vers le ciel un ballon captif gonflé à l’hydrogène, histoire de narguer les avions dans l’axe de leur décollage. Racheté par la Suisse, son établissement fut alors un des premiers bâtiments à être démolis.
En 1815, lorsque le Grand-Saconnex devint commune genevoise, on délimita la nouvelle frontière par des bornes de pierre, encore visibles aujourd’hui. Un siècle plus tard s’ouvrirent deux cafés et, dès 1945, on vit se côtoyer les grands de ce monde et les humbles habitants du quartier.
Julien Jacquot, ancien douanier, décrivait l’atmosphère de l’époque : «Après la guerre, la région était tranquille. Les gens allaient volontiers au Café de la Limite, chez Blandin, l’épicerie du côté suisse, pour en rapporter un peu de sucre, du tabac, des bas nylon passés en fraude, mais rien de grave. Durant les patrouilles de nuit, avec nos souliers cloutés et nos cigarettes, on devait nous repérer de loin !»
En 1758, Voltaire loue une tuilerie connue depuis 1550. Poteries, fermes et bâtiments s’établissent peu à peu. La tuilerie exploitera durant quatre siècles la terre argileuse des bois environnants.
Joseph Cartegeni égrenait volontiers les souvenirs de « sa » tuilerie: «On allait dans un petit train jusqu’au bois chercher la terre rouge et la terre blanche, utilisées pour la fabrication des tuiles. Rien n’était perdu. Les briques défectueuses étaient brisées et mélangées au ciment pour fabriquer les boisseaux de cheminée. Le four chauffait jusqu’à 1000 degrés. Les douaniers venaient s’y réchauffer l’hiver. Les ouvriers, saisonniers italiens pour la plupart, y faisaient sécher leurs pâtes. Le samedi, jour de nettoyage des chambres, le bâtiment résonnait du son des mandolines et des guitares.»
«Bouture», de son vrai nom Désiré Mégevand, vivait avec sa famille aux extrêmes confins de la commune, à la lisière de la forêt et à deux pas de la frontière suisse de Chambésy. Chez lui, les Ferneyiens s’approvisionnaient en légumes et en fleurs – coupées ou non – ainsi qu’en plantons de tomates ou de pommes de terre.
Après la démolition de leur maison de la Limite, la famille s’installa dans une petite villa obtenue en échange, route de Genève (à côté de l’actuel Buffalo). Bouture y reprit ses activités de jardinage. Chaque jour, il allait au village à vélo et c’est aussi à vélo qu’il se rendait, une ou deux fois par mois, jusqu’à Annemasse !
Avec sa soeur et ses deux frères, Joseph Cartegini a passé sa prime jeunesse à la Limite où son père, Carlo, était ouvrier à la tuilerie tandis que sa maman, Rosa, élevait les enfants.
A l’école déjà, Joseph avait un beau coup de crayon mais c’est seulement vingt-cinq ans après la disparition de la Limite qu’il a voulu se souvenir des lieux de son enfance pour les dessiner de mémoire. Ses évocations sont d’une grande précision et d’une grande poésie. Le plan, reconstitué de tête, est très conforme au cadastre officiel et les nombreux croquis rappellent à ceux qui l’ont connue une époque désormais révolue.
Nous dédions cette exposition à l’ami Joseph, décédé en 2015, avec le regret qu’il n’ait pas pu la découvrir. Nous avons eu le sentiment de le rencontrer à chaque tournant de nos recherches.
Au début des années soixante, l’agrandissement de l’aéroport de Cointrin a englouti sous le béton tout un quartier de Ferney. Il n’en reste aujourd’hui que quelques images jaunies : le café de la Limite, les deux douanes à l’ancienne, l’hôtel du Capucin Gourmand, le garage à Bidule, le haras, les jardins de « Bouture », la tuilerie vieille de quatre siècles, les trois étangs, le café Rion, la scierie Dailledouze, quelques poulaillers… et tout un art de vivre à jamais révolu.
A vos agendas ! Bienvenue à tous !